Maud Moulin, thanatopractrice à Montpellier : « On a fait de cette angoisse une norme »
Elle prépare les défunts pour que leurs proches n’aient pas peur des au revoir. À la veille de la Toussaint, Maud Moulin, thanatopractrice à Montpellier, a répondu à des questions dans le cadre d’un rendez-vous consacré au rapport de chacun à la mort.
Un métier qui l’a choisie
Maud Moulin est aussi responsable du laboratoire d’anatomie du centre de don du corps de la faculté de médecine. Elle y a créé des cours obligatoires pour les étudiants, avant leur première rencontre avec un corps. Son idée : les amener un peu dans son monde, pour que ce moment soit le plus doux possible. Elle enseigne aussi les sciences humaines de la mort dans une école qui forme les futurs thanatopracteurs.
Elle dit n’avoir pas choisi ce métier : c’est lui qui l’a choisie. Enfant, elle a vu des personnes décédées et s’est sentie à l’aise, là où d’autres réagissaient fortement. Plus tard, elle travaillait dans les pompes funèbres et a demandé à accompagner une thanatopractrice. Ce qui l’a surprise ce jour-là, ce n’était ni l’odeur ni la vue, mais le bruit que font les corps pendant les soins.
Comme tous les thanatopracteurs, selon elle, elle parle aux défunts. Elle voit un être humain en face d’elle, dans un moment très intime. Elle estime que le soin se passe alors avec plus de légèreté.
Les clichés qui collent au métier
Face aux idées reçues, elle est catégorique : les thanatopracteurs ne cassent pas les os. Pour assouplir un corps raidi, elle explique qu’on masse les muscles, qu’on prend la main, qu’on ouvre doucement les doigts. Elle rappelle aussi que la mort n’est pas sale et que les corps ne le sont pas non plus.
Ce qui reste difficile, selon elle, c’est le manque de visibilité du métier et les amalgames avec les pompes funèbres. Avec les années, la fatigue physique et émotionnelle pèse davantage. Le soin de conservation dure quelques heures et doit aider la famille à entamer son deuil, sans droit à l’erreur.
Pourquoi la mort fait si peur
Pour Maud Moulin, la peur actuelle est récente. Elle évoque le recul de la religiosité et un corps de plus en plus médicalisé, donc caché : plus on cache, plus cela fait peur. Le but du thanatopracteur, dit-elle, est de rendre aux morts l’aspect d’un vivant pour que les vivants n’aient pas peur du mort.
Elle reconnaît que son métier l’a aidée à organiser les funérailles de proches, et qu’elle a pu soigner elle-même sa grand-mère. Mais il fragilise aussi. Elle confie avoir de plus en plus peur de la mort, et résume : « On a fait de cette angoisse une norme. »



